La réalité des jeunes allosexuels 1
L'adolescence est
la deuxième période de l'existence où l'individu vit
les changements les plus intenses, tant au niveau physique, cognitif, social
qu'identitaire. Ainsi, il doit assumer une nouvelle image corporelle et identité
de genre, parvenir à une sexualité génitale adulte, accéder
à un nouveau mode de pensée, s'affranchir de la tutelle parentale
vers une plus grande autonomie et modifier sa représentation de soi
en un tout intégré s'inscrivant dans une continuité temporelle.
Il suspend les valeurs parentales pour choisir les siennes et établit
son propre réseau social. Or, il va de soi qu'une bonne capacité
d'adaptation est essentielle.
Qui plus est, en plus de devoir s'adapter à ces réalités, il arrive qu'un jeune doive faire face à une orientation et/ou identité sexuelle qui n'est pas celle de la majorité. Bien que la société d'aujourd'hui soi plus ouverte aux différences, la majorité des parents, enseignant(e)s, professionnel(le)s de la santé et autres intervenant(e)s ont grandi dans une collectivité qui ne tolérait pas les minorités sexuelles et les considérait comme pathologiques, même criminelles. Donc, la diversité des orientations et identités sexuelles est rarement abordée en famille et demeure souvent taboue.
Les préjugés sur les minorités sexuelles sont généralement véhiculés sous forme d'homophobie2 et d'hétérosexisme3 qui se manifestent par des moqueries, du mépris, de l'ostracisme, de la discrimination, du harcèlement ou de la violence physique et verbale envers les personnes perçues, à tort ou à raison, comme homosexuelles. Beaucoup de jeunes allosexuels ont intériorisé ces images négatives et se retrouvent avec une piètre estime de soi qui est à l'origine de plusieurs difficultés : isolement, détresse psychologique, pratiques sexuelles à risque, décrochage scolaire, toxicomanie, automutilation, idéations suicidaires et suicide4 . De plus, ils doivent choisir entre se mentir à eux-mêmes en paraissant hétérosexuels5 ou s'assumer en tant qu'homosexuels et risquer de subir les
conséquences de l'homophobie et de l'hétérosexisme, voire d'être expulsés du docile familial à un moment où ils sont dépendants financièrement et ont le plus besoin de soutien.
Enfin, la quasi absence de services, de groupes de discussion, d'activités et de lieux de rencontre pour allosexuels en région font que ces jeunes se retrouvent souvent seuls dans leur cheminement et vont parfois migrer vers le village gai de Montréal, où ils sont davantage exposés aux psychotropes, à la délinquance et à la prostitution. C'est pourquoi, nous désirons leur offrir des modèles positifs, des services gratuits, accessibles dans leur région et qui répondent à leurs besoins afin qu'ils puissent s'épanouir sur les plans personnel et collectif.
1Néologisme
regroupant les gais, lesbiennes, bisexuel(le)s, transsexuel(le)s, transgenres,
personnes en questionnement et leurs allié(e)s.
2Peur/aversion des personnes homosexuelles
ou celles qui sont étiquetées comme telles.
3Valorisation du couple hétérosexuel
au détriment des autres modèles.
4Plus d'une personne homosexuelle sur
trois aurait tenté de s'enlever la vie (Bell et Weinberg, 1978; Gibson,
1989; Bagley et al., 1994; Remafedi, 1999; Joanne Otis, 2000). Environ un
décès par suicide sur trois serait commis par une personnes
homosexuelles (Gibson, 1989; Farrow, 1991; Conseil permanent de la jeunesse,
1995; Trembley, 1995).
5Cinquante-six pourcent des personnes
homosexuelles de Lanaudière ne vivent pas pleinement leur homosexualité
ou plus ou moins sereinement (Sipe Lanaudière et al., 2000).
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